NutriRadio : les chiffres d'un pari tenu
En une saison, le média indépendant dédié à la santé et à la nutrition a franchi le cap des 3,3 millions de podcasts téléchargés. Retour sur les résultats d'audience d'un acteur qui s'est fait une place sans appartenir à aucun grand groupe.

Dans un paysage audio dominé par les filiales de grands groupes médias et les plateformes internationales, il n'est pas fréquent qu'un média thématique indépendant publie des chiffres d'audience qui se passent de commentaires. C'est pourtant le cas de Nutriradio, le média « Healthtainment » dédié à la santé, à la nutrition et à la prévention, dont le bilan de la saison 2025-2026 (du 15 septembre 2025 au 14 juin 2026) vient d'être rendu public par le média lui-même. Précision de méthode : l'ensemble des chiffres cités dans cet article sont des données déclaratives communiquées par NutriRadio (mesure DDA), non certifiées par un tiers indépendant type ACPM ou Médiamétrie.
Trois millions de téléchargements, et surtout des auditeurs qui restent
Le chiffre le plus visible est celui du volume : 3 378 354 podcasts téléchargés sur la saison, soit une moyenne de 241 000 téléchargements par émission sur l'ensemble de la grille, et environ 12 000 téléchargements par épisode. À cela s'ajoutent 65 076 auditeurs en écoute active chaque semaine sur l'antenne en direct.
Mais le chiffre le plus significatif est ailleurs. Dans une économie de l'attention où l'auditoire zappe, NutriRadio affiche un taux de complétion de 77,4 % — plus des trois quarts des auditeurs écoutent leurs épisodes jusqu'au bout — et un temps d'écoute quotidien moyen de 1h05 par auditeur. Pour un média audio, ces deux indicateurs valent mieux qu'un pic de notoriété : ils mesurent la fidélité, pas le passage. Là où beaucoup de contenus numériques sont consommés par fragments, l'audience de NutriRadio s'installe, revient et va au terme des formats longs — entretiens avec médecins, chercheurs et nutritionnistes, chroniques d'experts, émissions en direct.
Une audience étroite ? Non : une audience ciblée
Les données de composition dessinent le portrait d'un public que peu de médias généralistes peuvent revendiquer. 97 % des auditeurs ont entre 25 et 55 ans, cœur de cible des décisions de santé et de consommation. L'audience est féminine à 68 % — un point cohérent avec la sociologie des sujets nutrition et prévention, où les femmes demeurent les principales prescriptrices au sein des foyers.
Surtout, près d'un auditeur sur deux (48 %) est un professionnel : 22 % de professionnels de santé au sens strict (médecins, pharmaciens, diététiciens) et 26 % de professionnels du bien-être (coachs, naturopathes, thérapeutes). Les 52 % restants forment ce que le média qualifie de « grand public averti », consommateur régulier de contenus experts. Cette double composition — prescripteurs d'un côté, publics engagés de l'autre — est précisément celle que recherchent les acteurs du secteur santé-nutrition, et elle est rare dans l'audio francophone.
Un rayonnement au-delà de l'Hexagone
Autre enseignement du bilan : NutriRadio n'est plus un média strictement franco-français. Si la France concentre logiquement l'essentiel de l'écoute (64,3 %), le média est désormais suivi dans plus de 30 pays, avec des poches d'audience notables aux États-Unis (9,6 %), en Belgique (5,6 %), en Allemagne (3,9 %) et au Portugal (2,6 %). Pour un média de niche produit en France, cette diaspora d'écoute — francophones expatriés, professionnels de santé à l'étranger, curieux des métropoles anglo-saxonnes — témoigne d'une portée que peu d'acteurs indépendants du secteur peuvent documenter.
L'écosystème plutôt que le coup d'éclat
La stratégie de NutriRadio repose moins sur la viralité que sur l'architecture : radio en direct, podcasts à la demande, replays, application mobile dédiée (plus de 7 000 téléchargements cumulés sur iOS et Android), déclinaison vidéo via NutriTV, et présence sociale où chaque réseau joue un rôle assigné — Instagram comme cœur de communauté (35 500 abonnés), LinkedIn comme caution professionnelle (près de 8 700 abonnés), YouTube et TikTok en relais de formats visuels.
Ce maillage explique en partie la durabilité des contenus revendiquée par le média : les épisodes continuent d'être téléchargés des mois après leur diffusion, à rebours de la logique d'obsolescence rapide qui régit l'essentiel des flux sociaux.
Ce que ces chiffres disent du paysage média santé
Au-delà du cas NutriRadio, ce bilan illustre une tendance de fond : l'émergence de médias spécialisés indépendants capables de fédérer des audiences qualifiées là où les médias généralistes peinent à traiter la santé autrement que par le prisme de l'actualité ou de la polémique. En faisant le pari d'un éditorial exigeant — experts identifiés, sources vérifiées — servi par des formats accessibles, le média fondé sous la bannière d'Audio Media Power démontre qu'il existe un espace, entre la vulgarisation superficielle et la littérature scientifique, pour une information santé de confiance.
Il reste, comme pour tout média en croissance, des étapes à franchir : consolider l'audience internationale, élargir la base sociale au-delà du noyau engagé, et transformer la fidélité en modèle économique pérenne. Mais au terme de cette saison 2025-2026, une chose est acquise : dans le paysage audio francophone de la santé, NutriRadio n'est plus un projet prometteur. C'est un média installé, dont les chiffres — volume, fidélité, qualification, rayonnement — racontent la même histoire : celle d'une audience qui a trouvé son média, et d'un média qui a tenu sa promesse.
Sources
- Bilan d'audience de la saison 2025-2026 communiqué par NutriRadio (données déclaratives, mesure DDA)