Télévision, influence, podcasts, IA : qui capte désormais les budgets de la santé ?
Télévision, radio, presse professionnelle, influence, podcasts, YouTube, LinkedIn, référencement, programmatique, événements, production de contenus, intelligence artificielle : les budgets de la santé se fragmentent entre une multitude de canaux. Mais derrière cette dispersion apparente, une tendance se dessine. Les investissements se déplacent vers les acteurs capables de combiner audience, expertise, données, contenus propriétaires et automatisation. Enquête sur les nouveaux rapports de force qui redessinent la communication et le marketing de la santé.

Télévision, influence, podcasts, IA : qui capte désormais les budgets de la santé ?
Entre médias historiques, plateformes mondiales, créateurs de contenus et automatisation, l’argent de la communication santé ne change pas simplement de canal. Il change de fonction.
Pendant longtemps, un plan de communication santé pouvait se lire assez facilement. La télévision construisait la notoriété. La presse professionnelle s’adressait aux médecins et aux décideurs. La radio entretenait la répétition. Les congrès permettaient de rencontrer les professionnels. Les relations presse apportaient une forme de caution éditoriale.
Cette organisation n’a pas disparu. Mais elle est désormais traversée par une autre économie : celle du référencement, de la vidéo sociale, des communautés, des données, des contenus propriétaires et de l’automatisation.
Une entreprise de santé ne choisit plus seulement entre la télévision, la presse et l’événementiel. Elle arbitre entre l’achat d’une audience, la production d’une expertise, la construction d’une communauté, l’acquisition d’un prospect, la présence dans les moteurs de recherche et l’industrialisation de toute sa communication grâce à l’intelligence artificielle.
La question n’est donc plus simplement : quel média reçoit le plus d’argent ?
Elle devient : quel acteur contrôle désormais le parcours qui conduit de l’attention à la confiance, puis de la confiance à la décision ?
Il n’existe pas de « camembert » public des budgets de la santé
La première conclusion de cette enquête est une limite méthodologique : il n’existe pas, en accès public, de mesure exhaustive permettant de comparer précisément les investissements français du secteur de la santé dans la télévision, les podcasts, LinkedIn, YouTube, l’influence, le référencement, les événements, la production de contenus et l’IA.
Les sources disponibles ne mesurent pas toujours la même chose. France Pub évalue les dépenses des annonceurs, en incluant notamment certains frais de production, honoraires et prestations. L’IREP et le SRI observent plutôt les recettes perçues par les médias et les plateformes. Les dépenses versées directement aux influenceurs ou aux agences d’influence ne sont, par exemple, pas intégralement prises en compte dans les données du marché publicitaire digital. Les budgets consacrés à l’IA se trouvent, quant à eux, dispersés entre les logiciels, les prestataires, les équipes internes, les données et la transformation des processus.
Toute répartition précise du type « la santé consacre 20 % à la télévision, 15 % à l’influence et 10 % aux podcasts » serait donc artificielle sans accès aux données internes des annonceurs ou aux bases propriétaires spécialisées.
Les chiffres disponibles permettent néanmoins de comprendre les rapports de force et, surtout, la direction prise par les budgets.
La santé continue d’investir pendant que le marché se contracte
En 2025, le marché français de la communication a représenté 35,2 milliards d’euros d’investissements, en recul de 1,3 % par rapport à 2024. Dans ce contexte défavorable, le secteur de la santé a augmenté ses investissements de communication de 7 %. Il fait ainsi partie des secteurs les plus dynamiques de l’année, aux côtés du BTP, de l’enseignement et de l’alimentation.
Cette progression ne signifie pas que tous les supports en bénéficient de manière égale.
Sur l’ensemble du marché français, le digital a atteint 11,3 milliards d’euros d’investissements en 2025, en hausse de 8,2 %. À l’inverse, la télévision a reculé de 7 %, à 3,94 milliards ; la presse de 7,1 %, à 1,56 milliard ; la radio de 2 %, à 822 millions ; et l’événementiel de 9,3 %, à 4,99 milliards d’euros. La baisse de 2025 doit cependant être replacée après une année 2024 exceptionnellement soutenue par les Jeux olympiques et l’Euro de football.
Le premier semestre 2026 confirme l’accélération numérique. Les recettes de la publicité digitale ont atteint 6,69 milliards d’euros, soit une progression de 12 % en un an. Le search représentait 41 % de ce marché, le social 33 %, le display 19 % et l’affiliation, l’emailing et les comparateurs 7 %. (SRI)
L’argent de la santé ne quitte donc pas brutalement les anciens médias. Il se répartit entre davantage de points de contact, tandis que les budgets supplémentaires se dirigent prioritairement vers les environnements numériques.
La télévision ne disparaît pas : elle se transforme en vidéo
Présenter la télévision comme une victime condamnée des réseaux sociaux serait une erreur. Elle reste un média puissant pour installer rapidement une marque, une cause ou un sujet de prévention auprès d’une population très large.
Mais son unité économique se désagrège.
Une campagne audiovisuelle peut désormais circuler sur une chaîne linéaire, une plateforme de replay, une télévision connectée, YouTube, une plateforme de streaming ou les réseaux sociaux. Le même film peut relever successivement de l’achat télévisé, du programmatique, du display vidéo ou du social media.
Au premier semestre 2026, la vidéo représentait 63 % du display digital. En réunissant la vidéo sociale et le display vidéo, elle pesait environ 2,22 milliards d’euros, soit un tiers du marché publicitaire numérique. La vidéo sociale progressait de 31 % sur un an et la vidéo display de 15 %. (SRI)
La télévision connectée occupe une place croissante dans cette recomposition. Au premier semestre 2026, les écrans de télévision représentaient 51 % des recettes du display vidéo mesurées par appareil, contre 43 % deux ans auparavant. Les recettes de vidéo instream diffusée sur les téléviseurs ont atteint près de 398 millions d’euros, en hausse de 19,9 % sur un an. (SRI)
Pour un annonceur santé, la question n’est donc plus seulement de choisir entre télévision et digital. Il doit déterminer comment un même récit sera décliné entre la puissance du grand écran, la précision du ciblage numérique, le replay, la vidéo courte et les moteurs de recherche.
La télévision conserve sa capacité à fabriquer de la notoriété. Mais une partie de son budget migre vers une vidéo adressable, mesurable et distribuée sur plusieurs environnements.
YouTube est devenu un objet publicitaire impossible à classer
YouTube apparaît rarement comme une catégorie isolée dans les études de marché. Ses recettes peuvent être comptabilisées dans la vidéo, le display, le programmatique ou, selon les usages, rapprochées du social et du search.
Cette difficulté statistique révèle précisément sa puissance.
YouTube est simultanément une plateforme de divertissement, un moteur de recherche, une télévision à la demande, un espace d’influence, un hébergeur de podcasts filmés et une régie publicitaire automatisée. Le SRI précise d’ailleurs que la commercialisation de ses inventaires est majoritairement automatisée et comptabilisée dans le programmatique. (SRI)
Pour la santé, YouTube possède un avantage particulier : il permet de développer des sujets qui exigent davantage de temps qu’une publicité ou qu’une vidéo sociale de quelques secondes. Une intervention médicale, une table ronde, un témoignage de patient ou une émission peuvent y être découpés en extraits, retrouvés par recherche et recommandés pendant plusieurs années.
Mais cet avantage n’est pas automatique. Une vidéo longue mal titrée, mal structurée ou insuffisamment distribuée peut rester invisible. À l’inverse, un sujet conçu dès l’origine pour être décliné en émission, extraits, shorts, article et publication LinkedIn peut alimenter plusieurs canaux à partir d’un même investissement initial.
YouTube ne capte donc pas seulement un budget média. Il influence également les budgets de production, de référencement et de réutilisation des contenus.
Le search reste le premier guichet de l’intention
Au premier semestre 2026, le search a représenté 2,74 milliards d’euros, soit 41 % du marché publicitaire digital français. Il demeure le premier levier numérique, devant le social, même si l’écart entre les deux se réduit rapidement. (SRI)
Sa force vient d’une différence fondamentale avec la plupart des autres médias : il n’interrompt pas un public. Il répond à une intention déjà exprimée.
Une personne qui recherche un symptôme, un établissement, un professionnel, un traitement, un complément alimentaire ou une solution de prévention a déjà franchi une première étape psychologique. Elle ne constitue plus seulement une audience : elle devient une demande potentielle.
Dans la santé, la bataille du référencement ne concerne donc pas uniquement l’achat de mots-clés. Elle inclut :
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la production d’articles et de pages expertes ;
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l’optimisation technique des sites ;
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la réputation numérique des professionnels et des établissements ;
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la présence locale ;
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les contenus répondant aux questions des patients ;
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la capacité à être cité par Google, ChatGPT et les autres moteurs d’IA.
Les dépenses de référencement payant sont mesurées dans le search. Mais le SEO, la production éditoriale et le nouveau référencement dans les réponses d’intelligence artificielle — souvent appelé GEO — se trouvent fréquemment comptabilisés ailleurs : honoraires d’agence, communication corporate, production de contenus, outils techniques ou masse salariale.
Le search visible n’est ainsi que la partie mesurée d’une compétition beaucoup plus large pour la découvrabilité.
Le social capte la croissance plus vite que la confiance
Le social est désormais le principal moteur de progression du marché publicitaire numérique. Au premier semestre 2026, ses recettes ont atteint 2,22 milliards d’euros, en hausse de 16 %. Il a généré 41 % de la croissance du digital français sur la période. (SRI)
Cette croissance bénéficie d’abord aux plateformes, notamment grâce à la vidéo. Elle ne signifie pas nécessairement que les utilisateurs accordent davantage de confiance aux messages qui y circulent.
Le social excelle dans trois fonctions : attirer rapidement l’attention, répéter un message et identifier les contenus qui provoquent une réaction. Il est moins naturellement adapté à l’exposition des limites scientifiques, des incertitudes ou des conditions d’application d’une recommandation médicale.
Pour les marques de santé, son efficacité dépend donc de ce qui vient avant et après la publication.
Une vidéo courte peut éveiller l’intérêt. Elle peut difficilement, à elle seule, porter toute la démonstration. Elle doit conduire vers un professionnel, une étude, un contenu plus développé, une page d’information, un podcast ou une communauté capable de maintenir la relation.
Le réseau social capte l’attention. Mais celui qui détient le contenu de référence, la donnée de contact et la relation durable conserve une partie plus stratégique de la valeur.
L’influence progresse fortement, mais reste minoritaire dans les dépenses
Selon l’étude publiée par France Pub et l’ARPP, les investissements français en marketing d’influence sont passés de 323 millions d’euros en 2022 à 460 millions en 2023, puis à 519 millions en 2024. Ils représentaient alors environ 1,5 % de l’ensemble du marché français de la communication. (ARPP)
L’influence occupe donc une place culturelle et médiatique plus importante que son poids financier réel.
En 2024, 20 % des annonceurs nationaux interrogés déclaraient avoir travaillé avec des influenceurs, contre 15 % en 2022. Parmi ces annonceurs, 68 % étaient passés par une agence ou un intermédiaire, contre 37 % deux ans auparavant. Le secteur se professionnalise : la rémunération du créateur n’est plus l’unique dépense. Il faut ajouter la sélection des profils, la négociation, la production, la validation, l’amplification payante, la mesure et la conformité. (ARPP)
En santé, cette professionnalisation est indispensable. Les règles applicables à la publicité des produits et services restent valables lorsqu’une campagne passe par un influenceur. En France, les documents promotionnels portant sur les médicaments sont soumis à un contrôle préalable de l’ANSM. L’influence commerciale est également soumise aux règles de transparence et aux interdictions prévues par la loi. (ANSM)
L’influence ne remplace donc pas mécaniquement la télévision ou la presse. Elle remplit une autre fonction : transformer un message institutionnel en parole incarnée.
Sa valeur dépend moins du nombre brut d’abonnés que de l’adéquation entre le créateur, son audience, le sujet, le niveau d’expertise attendu et la possibilité de prouver les résultats.
Le micro-influenceur spécialisé, le médecin reconnu ou le patient expert peuvent parfois produire davantage d’effet qu’une célébrité généraliste. Mais ils imposent aussi davantage de vérifications : qualifications, conflits d’intérêts, exactitude des affirmations, transparence du partenariat et sécurité du message.
Le podcast gagne des budgets d’attention, pas encore des budgets de masse
Le podcast bénéficie d’un paradoxe. Son usage et son attractivité progressent, mais son marché publicitaire reste modeste face à celui de la vidéo, du search ou du social.
Au premier semestre 2026, l’ensemble de l’audio digital a généré 85 millions d’euros de recettes publicitaires, en progression de 25 % sur un an. Ce périmètre comprend toutefois les webradios, le streaming musical, les assistants vocaux et les podcasts : il ne permet pas d’isoler précisément la part du podcast.
L’ACPM et CSA ont lancé en 2025 une étude consacrée aux usages et à l’efficacité publicitaire du podcast auprès d’un échantillon de 2 020 Français, dont 889 auditeurs. Cette démarche illustre la volonté du secteur de disposer d’indicateurs plus robustes, mais une partie des résultats détaillés reste réservée aux membres de l’ACPM. (ACPM)
Le podcast ne gagne pas par sa capacité à toucher instantanément tout le monde. Il gagne par le temps d’exposition, la qualité de l’écoute et la relation qui se construit avec une voix ou une émission régulière.
Dans la santé, où les sujets sont souvent complexes et fortement liés à la confiance, cette profondeur peut être plus utile qu’une audience massive mais distraite.
Le véritable modèle économique se situe d’ailleurs rarement dans le simple achat d’un spot audio. Les budgets se dirigent vers des dispositifs complets :
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parrainage d’une série ;
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présence éditoriale d’un expert ;
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épisode spécial ;
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captation vidéo ;
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extraits sociaux ;
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articles associés ;
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diffusion en newsletter ;
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événement ou table ronde prolongeant l’émission.
Le podcast devient rentable lorsqu’il cesse d’être envisagé comme un fichier audio isolé et devient le centre d’un écosystème éditorial.
La radio conserve la répétition, la proximité et la prescription de sujets
Les investissements dans la radio traditionnelle ont reculé de 2 % en 2025, à 822 millions d’euros. Cette diminution est nettement moins forte que celle observée dans la télévision ou la presse.
La radio conserve plusieurs avantages pour la santé : la fréquence, la proximité, la capacité à installer des rendez-vous et l’identification à des voix connues.
Elle se transforme également en producteur de contenus numériques. Les émissions circulent en direct, en replay, en podcast, sur les plateformes vidéo et dans les réseaux sociaux. Les frontières entre radio et podcast deviennent donc de moins en moins économiques et de plus en plus éditoriales.
Le budget ne rémunère plus uniquement un passage à l’antenne. Il peut financer une émission, une présence de marque, une série de podcasts, des vidéos, des extraits, une rencontre avec les auditeurs ou une diffusion croisée sur plusieurs supports.
Comme la télévision, la radio ne disparaît pas : elle devient une marque de contenus.
La presse professionnelle perd du volume, mais conserve une fonction de validation
Les investissements publicitaires dans la presse française ont atteint 1,56 milliard d’euros en 2025, en baisse de 7,1 %. Ce chiffre couvre l’ensemble de la presse et ne permet pas d’isoler publiquement les budgets consacrés aux titres professionnels de santé.
Mesurer la presse professionnelle uniquement à travers ses recettes publicitaires revient cependant à sous-estimer son rôle.
Un titre spécialisé peut offrir ce que les plateformes généralistes produisent difficilement : un contexte éditorial cohérent, une audience professionnelle identifiable et une forme de validation par l’environnement de publication.
Pour les laboratoires, les cliniques, les mutuelles, les agences et les entreprises de technologies médicales, la presse professionnelle sert notamment à toucher :
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les professionnels de santé ;
-
les directions hospitalières ;
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les acheteurs ;
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les investisseurs ;
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les partenaires ;
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les journalistes et les institutions.
Son modèle évolue vers des offres hybrides : dossiers sponsorisés, newsletters, webinaires, livres blancs, événements, vidéos, génération de contacts et contenus réalisés avec des experts.
La presse professionnelle capte donc moins de budgets de couverture générale, mais elle peut défendre des budgets à forte valeur par contact.
Son avenir dépendra de sa capacité à prouver que son audience n’est pas seulement présente, mais qualifiée, décisionnaire et activable.
LinkedIn devient le média invisible du B2B santé
Les dépenses publicitaires réalisées sur LinkedIn ne sont pas isolées dans les grandes études françaises : elles sont intégrées à la catégorie générale du social. Il est donc impossible de déterminer précisément la part du budget santé captée par la plateforme.
Son influence dans la communication B2B est néanmoins plus large que son inventaire publicitaire.
LinkedIn permet aux dirigeants, médecins, chercheurs, entrepreneurs et communicants de prendre directement la parole. Il transforme une expertise professionnelle en contenu public, puis en réputation, en contacts et parfois en opportunités commerciales.
Une étude Edelman–LinkedIn menée auprès de 3 484 professionnels dans sept pays — sans échantillon français spécifique — indiquait que 73 % des décideurs considéraient les contenus de leadership intellectuel comme une base plus fiable pour évaluer les compétences d’une organisation que ses documents marketing. Trois quarts déclaraient qu’un tel contenu les avait déjà conduits à rechercher un produit ou un service qu’ils n’envisageaient pas auparavant.
Ces résultats ne peuvent pas être transposés mécaniquement à la santé française. Ils montrent néanmoins pourquoi les budgets LinkedIn se confondent de plus en plus avec ceux du personal branding, des relations publiques, du recrutement, du social selling et de la production éditoriale.
Sur LinkedIn, la marque n’achète pas seulement une impression. Elle cherche à occuper une position intellectuelle.
L’événementiel reste l’un des géants silencieux du secteur
Avec 4,99 milliards d’euros d’investissements en 2025, l’événementiel restait, tous secteurs confondus, plus important que la télévision. Le périmètre France Pub regroupe cependant des activités diverses : parrainage, mécénat, foires, salons et relations publiques. Il a reculé de 9,3 % en 2025 après une année 2024 exceptionnelle.
Dans la santé, l’événementiel conserve une fonction difficilement remplaçable : mettre en présence les entreprises, les professionnels, les experts, les médias et les institutions.
Un congrès ou une conférence ne produit pas seulement de la visibilité. Il peut permettre :
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de rencontrer des prescripteurs ou des partenaires ;
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d’associer une entreprise à une communauté scientifique ;
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de présenter une innovation ;
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de former des professionnels ;
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de produire des contenus ;
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d’alimenter les relations presse et les réseaux sociaux ;
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de renforcer une relation commerciale déjà engagée.
Ces relations sont soumises à des obligations de transparence. La base publique Transparence–Santé publie notamment les conventions, rémunérations et avantages liant les entreprises aux acteurs du secteur, y compris lorsque ces liens concernent des manifestations, de l’hospitalité ou des prestations. (Transparence Santé)
L’événementiel santé n’est donc pas simplement une dépense de communication. Il se situe à la frontière du marketing, de la formation, des affaires médicales, des relations institutionnelles et du développement commercial.
Sa faiblesse réside dans son coût et dans son caractère ponctuel. Sa force apparaît lorsqu’un événement devient une matière première éditoriale : captation, interviews, podcasts, articles, extraits vidéo et contenus diffusés pendant plusieurs mois.
Le programmatique ne capte pas l’attention : il capte la transaction
La publicité programmatique est souvent présentée comme un canal. Elle constitue plutôt une infrastructure d’achat et de vente automatisés.
Au premier semestre 2026, 78 % des recettes du display vidéo étaient commercialisées en programmatique, contre 75 % un an auparavant. La majorité des inventaires publicitaires de YouTube y est notamment intégrée. (SRI)
Le programmatique promet aux annonceurs de toucher une audience définie, sur plusieurs supports, avec une optimisation presque instantanée des enchères, des formats et de la diffusion.
Dans la santé, cette précision apparente doit être maniée avec prudence. La disponibilité d’une donnée ne garantit ni sa qualité, ni sa pertinence médicale, ni l’acceptabilité du ciblage. Les questions de consentement, de confidentialité, de contexte éditorial et de protection des publics vulnérables y sont plus sensibles que dans la plupart des secteurs.
Le programmatique peut améliorer l’efficacité de la diffusion. Il ne remplace ni la qualité du contenu, ni le choix du média, ni la responsabilité de l’annonceur.
Il tend surtout à déplacer une partie de la valeur des producteurs de contenus vers les intermédiaires technologiques et les grandes plateformes.
Au premier semestre 2026, les acteurs non européens ont capté 83 % du marché français de la publicité digitale mesuré par le SRI. Les acteurs européens n’en représentaient plus que 17 %.
Derrière la question « quel média reçoit le budget ? » se cache donc une autre question : quelle part de ce budget rémunère réellement la création éditoriale, et quelle part finance la technologie de distribution ?
La production de contenus est probablement le grand gagnant sous-estimé
En 2024, France Pub estimait à 6,25 milliards d’euros les investissements consacrés aux médias propriétaires numériques. Cette catégorie réunissait l’animation des réseaux sociaux, la création de sites et d’applications, les bases de données, la production de contenus et le marketing d’influence. Elle représentait 17,5 % du marché français de la communication, davantage que la télévision ou le search dans le périmètre de cette étude. (ARPP)
Ce chiffre éclaire un déplacement fondamental.
Les entreprises ne veulent plus seulement louer temporairement l’audience d’un média. Elles cherchent à constituer leurs propres actifs :
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une bibliothèque vidéo ;
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un média de marque ;
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une chaîne YouTube ;
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un podcast ;
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une newsletter ;
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une communauté ;
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une base de contacts ;
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des experts identifiables ;
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des articles capables d’être référencés et cités.
La production de contenus absorbe ainsi une part croissante de budgets autrefois classés plus clairement comme publicité, relations presse ou communication corporate.
Mais tous les contenus ne deviennent pas des actifs. Une vidéo oubliée après sa publication reste une dépense. Un entretien correctement indexé, découpé, documenté, réutilisé et relié à une stratégie de diffusion peut produire de la valeur pendant plusieurs années.
Le véritable arbitrage n’oppose donc plus nécessairement média et contenu. Il oppose les contenus jetables aux contenus capitalisables.
L’IA ne devient pas un média : elle devient la couche de fonctionnement du marketing
Selon l’enquête mondiale Gartner réalisée début 2026 auprès de 401 responsables marketing, les entreprises interrogées consacraient en moyenne 15,3 % de leur budget marketing aux initiatives liées à l’intelligence artificielle. Seules 30 % estimaient toutefois disposer d’une maturité suffisante pour déployer ces capacités à grande échelle. L’échantillon était principalement constitué de grandes entreprises d’Amérique du Nord, du Royaume-Uni et d’Europe ; ce résultat n’est donc ni propre à la France ni spécifique à la santé. (Gartner)
L’IA ne capte pas les budgets comme une chaîne de télévision ou un réseau social. Elle les traverse.
Elle intervient désormais dans :
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la veille ;
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la recherche d’idées ;
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la rédaction ;
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le montage et le sous-titrage ;
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la traduction ;
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la personnalisation ;
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l’achat média ;
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l’analyse des campagnes ;
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le CRM ;
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la qualification des demandes ;
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la production de comptes rendus ;
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le référencement ;
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les agents conversationnels.
Son financement provient donc de plusieurs lignes budgétaires : logiciels, données, agences, informatique, communication, études, service client ou ressources humaines.
L’IA promet de produire davantage de contenus et d’automatiser les tâches répétitives. Mais elle crée simultanément de nouvelles dépenses : intégration, contrôle des données, gouvernance, sécurité, formation, validation juridique et supervision humaine.
Dans la santé, cette supervision ne peut pas être considérée comme facultative. Les contenus promotionnels liés aux médicaments restent soumis aux règles de contrôle de l’ANSM, quel que soit l’outil utilisé pour les produire. Une erreur générée plus rapidement reste une erreur. (ANSM)
L’IA pourrait donc réduire le coût unitaire de production tout en augmentant le budget consacré au pilotage, à la vérification et à la distribution des contenus.
Les vrais gagnants ne sont pas seulement les nouveaux médias
À la lecture des chiffres, les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et la vidéo numérique captent aujourd’hui l’essentiel de la croissance publicitaire. Les plateformes internationales en sont les premières bénéficiaires.
Mais cette lecture financière ne suffit pas.
Les événements conservent la relation. La presse professionnelle apporte le contexte. Les médecins et influenceurs incarnent le message. Les podcasts installent la durée. LinkedIn construit une réputation B2B. Le search capte l’intention. Le programmatique organise l’achat. L’intelligence artificielle accélère l’ensemble.
Aucun support ne remplit seul toutes les fonctions.
Le budget santé se divise désormais en six économies différentes :
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L’économie de la couverture, dominée par la télévision, la vidéo et les grandes plateformes sociales.
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L’économie de l’intention, dominée par le search, le référencement et les comparateurs.
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L’économie de l’autorité, portée par les experts, les médias professionnels, les contenus de fond et LinkedIn.
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L’économie de la relation, construite par les événements, les podcasts, les newsletters et les communautés.
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L’économie de la conversion, organisée par la donnée, le CRM, le retargeting et le programmatique.
-
L’économie de la productivité, désormais transformée par l’IA et l’automatisation.
Les organisations qui raisonnent encore média par média risquent de multiplier des actions sans continuité.
Celles qui raisonnent en parcours peuvent utiliser une émission pour créer de la notoriété, un extrait social pour attirer l’attention, un article pour répondre aux moteurs de recherche, un podcast pour développer le sujet, LinkedIn pour toucher les décideurs, une newsletter pour conserver le contact et un événement pour transformer cette relation en rencontre.
Où les budgets de la santé vont-ils réellement se déplacer ?
Les budgets ne vont probablement pas abandonner la télévision, la radio, la presse ou les congrès. Ils vont exiger d’eux davantage de prolongements numériques, de données et de contenus réutilisables.
Les investissements devraient continuer à se déplacer vers trois ensembles.
Le premier est constitué des plateformes de distribution : Google, YouTube, Meta, LinkedIn, les environnements vidéo et les places de marché programmatiques.
Le deuxième regroupe les actifs propriétaires : sites, newsletters, podcasts, chaînes vidéo, bases de contacts, communautés et experts associés durablement à une marque.
Le troisième concerne les outils d’industrialisation : intelligence artificielle, automatisation, analyse de données, personnalisation et pilotage des campagnes.
Cette évolution place les médias et producteurs de contenus devant un choix stratégique.
Ils peuvent rester des vendeurs d’espace, mis en concurrence sur le prix d’une impression ou d’une vue.
Ou devenir des partenaires capables d’associer une audience, une crédibilité éditoriale, des experts, une production, une distribution multicanale et des indicateurs de résultat.
Dans la santé, le second modèle possède un avantage décisif : il ne vend pas seulement de la visibilité. Il construit un environnement de confiance.
La nouvelle unité de compte : le contenu qui circule
Le futur budget de communication santé ne sera probablement plus organisé autour d’une opposition simple entre télévision et digital, média et influenceur, publicité et contenu.
Il sera attribué à ceux qui savent faire circuler une même expertise entre plusieurs espaces sans perdre sa cohérence ni sa fiabilité.
Une intervention télévisée devra pouvoir devenir un podcast.
Un podcast devra pouvoir produire des vidéos.
Une vidéo devra pouvoir conduire vers un article.
Un article devra être compris par Google et les moteurs d’IA.
Une publication LinkedIn devra pouvoir toucher un décideur.
Un événement devra produire des contenus capables de prolonger son effet.
Et l’intelligence artificielle devra accélérer cette circulation sans prendre le contrôle de la vérité scientifique.
La télévision conserve la puissance. L’influence crée la proximité. Le podcast installe l’intimité. Le search capture la demande. LinkedIn structure l’autorité professionnelle. Le programmatique automatise la distribution. L’IA transforme la production.
Mais le véritable gagnant n’est aucun de ces canaux pris isolément.
C’est celui qui parvient à les relier.
Car les budgets de la santé ne se déplacent plus seulement vers les médias qui possèdent l’audience.
Ils se déplacent vers les écosystèmes capables de transformer cette audience en confiance, puis cette confiance en action.
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